8% de croissance prévu en France cette année. On osait plus en rêver et pourtant, dans la torpeur habituelle qui suit les week-ends de trois jours, les chiffres sont tombés: 8 points de croissance donc …. de la fréquentation des musées en France. Cette bonne nouvelle devrait faire pâlir d’envie le gouvernement qui peine toujours à aller chercher « avec les dents», les précieux points de croissance du PIB.
Je ne sais pas si la culture française est morte comme le démontrait en novembre 2007 le Time dans un provocant article intitulé sobrement The Death of French Culture¹…Dans une dissection froide de notre culture, les journalistes américains déterminaient un à un les maux qui rongent notre scène artistique: un élitisme trop poussé, des subventions trop généreuses et une culture du mécénat trop timide. Et pourtant le cadavre de la culture française bouge encore : selon une étude du ministère de la Culture et de la Communication, la fréquentation des musées en France n’a jamais été aussi élevée : 24 millions personnes ont visité les musées de France en 2007 alors que ce nombre ne s’élevait qu’à 15 millions en 2002. La France n’a pas à rougir du dernier classement des musées mondiaux par fréquentation:
1 le Louvre (8.259.978
)
2 le British Museum (5.418.265)
3 la Tate Galerie (5.191.840)
4 le Metropolitan de New York (4.338.932)
5 le musée du Vatican (4.310.000)
6 la National Gallery de Londres (4.159.485)
7 le château de Versailles (3.411.000)
8 le musée d’Orsay (3.166.510)
9 le musée National de Tokyo (3.111.490)
10 le Prado de Madrid (2.663.175)
11 le Centre Pompidou (2.585.701)
12 le Modern Art of New York (2.405.225)
13 le musée du Quai Branly (1.482.945)
14 le Musée Guggenheim de Bilbao (1.002 963)
15 Les Galeries Nationales du Grand Palais de Paris (903 972)
16 le Musée du Luxembourg à Paris (720 000)
(Nombre de visiteurs en 2007)
Pour une morte, elle est en forme. Ces excellents chiffres de la fréquentation des musées ne seraient pas suffisants à nourrir notre optimisme si les signes d’une nouvelle « soif de culture » ne se faisaient pas inexorablement sentir. Devant le Grand Palais, on ne compte plus les mètres de queue tous les week-ends. Pour certains musées, la demande est si forte que les ventes de tickets d’entrées ne se font plus que sur Internet. La nouvelle Cité de l’immigration de la Porte Dorée a déjà recueilli 50 000 visiteurs quand on en escomptait à peine une moitié. Le succès du Quai Branly, enfin, est un excellent indice de cet engouement. Que
le musée « où dialoguent les cultures » ait pu attirer autant de visiteurs en deux ans est tout simplement extraordinaire. Le risque était en effet grand que la programmation complexe et difficile d’accès du musée rebute le grand public et condamne l’établissement à la seule élite intellectuelle parisienne. Ça n’a pas eu lieu. Selon la direction du musée, un sixième des visiteurs sont « des banlieusards qui n’avaient jamais mis les pieds dans un musée ». Certes on peut se poser la question de la pertinence du choix du Quai Branly comme premier musée. Écrire la première ligne de sa vie culturelle par une exposition sur les « Arts et divinités en Polynésie 1760-1860 » est aussi surprenant qu’apprendre à lire sur des poèmes de Breton. Mais bon, c’est quand même une bonne nouvelle. Car au-delà du contenu c’est la démarche qui importe. Entrer dans un musée ou aller à l’opéra est une démarche littéralement inimaginable pour de nombreux citoyens. La popularité du Quai Branly est à cet égard une excellente nouvelle car elle banalise l’acte de se rendre au musée et fait ainsi échos à la démocratisation du théâtre dans les années cinquante dont le Théâtre Nationale Populaire de Jean Vilar était le fer de lance.
Pouvoir d’achat vs Pouvoir d’apprendre
Faut-il paraphraser la célèbre phrase d’Hugo et écrire que « quand on ouvre un musée on ferme une prison ». Pas tout à fait. L’attrait pour les musées peut être analysé sous deux prismes antagonistes. C’est à la fois le signe positif d’une société dont la modernité ne se réalise pas aux dépens de l’héritage historique et, à l’inverse, le marqueur préoccupant d’une société qui se réfugie dans un passé parfois mythifié (voir la polémique sur l’exposition « les Français sous l’occupation »). On ne tranchera pas ici entre ses deux visions. Ouvrir des musées n’est certes pas l’unique moyen pour « ré-enchanter le monde ». Il n’empêche qu’on aimerait bien que ces 8% de progression de la culture soit commentés avec la même attention que les performances du PIB.
A.B
¹ l’article «The Death of French Culture» est consultable sur http://www.time.com/time/magazine/article/0,9171,1686532,00.html
1 réponse jusqu'à présent ↓
le cadavre de la culture francaise est exquis // 15 juillet 2008 à 3:19
[...] le cadavre de la culture francaise est exquisabenarous.wordpress.com/2008/07/15/le-cadavre-de-la-culture-… par whatabout il y a quelques secondes [...]
Comme les stations d’essence dans les zones rurales du Texas après 22 heures, les commentaires sont fermés.