abenarous’s blog

Aller au réel et comprendre l’idéal

17 juillet 2008 · 2 commentaires

Pour en finir avec le vieux socialisme… et être enfin de gauche !
Manuel Valls Entretiens avec Claude Askolovitch, Robert Laffont, avril 2008.

La rédaction d’un livre politique est un exercice périlleux. Les ouvrages qui sont restés dans l’histoire (Le coup d’Etat permanent de Mitterrand, Les Mémoires de Charles de Gaulle…) sont rares parce que les écueils à éviter sont nombreux. Sur la forme d’abord, le risque est grand de transformer un livre de réflexion en livre-kleenex à usage unique. Publié en avril, je lis celui-ci en juillet déjà avec l’impression d’avoir rater le coche. En ce qui concerne le fond ensuite, les livres politiques sont souvent accusés d’être bâclés. À vouloir être à tout prix en phase avec l’actualité, les auteurs sacrifient souvent la qualité de l’ouvrage. Je viens de finir le livre d’entretiens de Manuel Valls. Trois réflexions m’ont été inspirées par cette lecture.

1) Manuel Valls fait preuve d’une grande honnête intellectuelle. Il le sait, il joue parfois de ce côté vertueux, mais il faut lui reconnaître cette rare qualité. Tout se passe comme s’il ne sentait tenu d’aucune solidarité vis-à-vis du parti socialiste. Libéré du « sur-moi marxiste » dont souffre le socialisme français, ses diagnostics sur la mondialisation, l’économie de marché et le tournant de 1983 sont passionnants. Il faut malgré tout reconnaître que sa capacité de proposition est limitée. Passer 197 pages à expliquer que le PS est incapable de fournir un début de commencement de refonte idéologique ne forme pas un solide manifeste.

2) Valls est plus convaincant quand il critique le parti socialiste que quand il s’attaque à la politique gouvernementale. Il n’a pas de mot assez dur pour tacler ses camarades de la rue de Solferino. A l’inverse il est étonnamment indulgent avec la politique du gouvernement Fillon. A la limite, le fil directeur des critiques adressées à l’action gouvernementale concerne la timidité des réformes …C’est un peu light. Pas un mot sur les tests ADN, par exemple, sur lequel les socialistes ont l’habitude de faire chorus. Si je résume les convictions de Valls, on obtient :
-les OGM : « Arrêtons d’être antiprogrès, arrêtons de diaboliser Monsanto »
-le mouvement étudiant : « Il faisait fausse route, il faut augmenter les droits d’inscription ».
-l’immigration : « Les quotas par profession ne m’indignent pas ».
-les retraites : « Il faut allonger la durée de cotisation à 41, voire 42 années »
-le socialisme : « c’est daté. […] Ça ne signifie plus rien aujourd’hui dans la globalisation, l’économie virtuelle, la crise écologique ! »

3) Une fois le livre refermé on a le vif sentiment que Valls s’est trompé de carrière. Il me semble que le catalan serait bien plus à l’aise dans le journalisme que dans le politique. Trop honnête sur le plan intellectuel pour être éligible par les militants du parti socialiste, qui n’ont pas tous fait le deuil du grand soir. Trop honnête avec son parti pour rejoindre le gouvernement comme Jean-Pierre Jouyet, Eric Besson, Jean-Marie Bockel et les autres. Il faudrait rappeler à Manuel Valls que si le politique doit se faire à la fois lion et renard, l’honnêteté, elle, n’est pas vraiment le trait du prince. Et on ne peut que l’inviter à méditer cette citation de Bismarck : « En politique, il faut toujours suivre le droit chemin, on est sûr de n’y rencontrer personne. »

« Aller à l’idéal et comprendre le réel », on s’en souvient, c’est le programme que soutient Jaurès face à Clemenceau à la Chambre en 1906. La démarche de Valls est inverse : s’il comprend les idéologies socialistes, pour les avoir modérément pratiquées dans sa jeunesse, sa démarche est fondamentalement pragmatique : « aller au réel et comprendre l’idéal ». Le député de l’Essone le concède en guise de conclusion: « J’ai mis du temps à admettre que j’aurais plus facilement applaudi le Tigre que le fondateur de l’Humanité. Maintenant j’assume. » Plus de « sur-moi » on vous dit.

A.B.

Catégories : livres
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