« L’histoire se répète toujours deux fois : la première fois comme une tragédie, la seconde fois comme une comédie » écrit Karl Marx au sujet du 18 Brumaire. L’actualité offre souvent des indices de ces bégaiements. La récente annonce de la démission d’Ehud Olmert du poste de Premier ministre d’Israël est l’occasion de dessiner une parallèle entre l’action du Premier ministre israélien et celle de … Pompidou.
Comparer Pompidou et Olmert, voilà qui peut sembler curieux tant tout semble opposer les deux hommes. Alors que le premier, originaire du Canton, figure parmi les derniers représentants d’un parcours très « IIIe République » (comprendre major d’agrégation – fils d’instituteurs – petits-fils de paysans), le second est issu d’une famille de l’intelligentsia russo-ukrainienne. Si Georges est le produit de la ruralité française, Ehud est un incontestable urbain, amateur de cigares et de football.
Malgré les quarante années et les milliers de kilomètres qui séparent la France éternelle de l’Orient compliqué, une chose rapproche les deux hommes : un héritage politique. Le pesant patrimoine de leur prédécesseur, à l’aune duquel, leur bilan est systématiquement jugé. Le général de Gaulle pour le premier, Ariel Sharon pour le second.
L’ombre de l’homme du 18 juin a constamment porté sur le septennat inachevé de Pompidou. Sa politique est dans une large mesure, le prolongement des grandes lignes du gaullisme. Tant et si bien que Pompidou, au lendemain de la mort du Général, déclare la France «veuve». Un constat qu’aurait d’ailleurs pu reprendre à son compte Ehud Olmert, après l’attaque cérébrale de Sharon en décembre 2005. Olmert n’aura, lui aussi, de cesse de présenter son action comme le prolongement de la politique de l’homme du désengagement de Gaza. “Qu’aurait il fait?” Voilà la question qui obsède Georges et Ehud. Cet héritage était d’autant plus encombrant que de Gaulle et Sharon étaient doués d’un art consommé pour l’ambivalence. Au-delà d’un programme politique, les deux hommes avaient forgé, au fil des années, une « certaine vision » de leur patrie. La fidélité à cette vision fut le leitmotiv de l’action de leurs successeurs.
Dans un sens, Pompidou a eu plus de succès qu’Olmert. De Gaulle avait coutume de dire « l’intendance suivra ». Pompidou fut cet excellent intendant du gaullisme. Fidèle au célèbre
« La France ne peut être la France sans la grandeur », il prolongea l’effort de modernisation du pays, engagé depuis 1958. Olmert, à l’inverse, n’a pas vraiment réussi le service après-vente de la politique de Sharon, dont le leg politique est plus fragile. De fait, les contours de la pensée du vieux général sont flous: un sionisme jabotinskien teinté de réalisme. Concrètement, elle s’articule autour de l’inévitabilité de la séparation physique avec les palestiniens, la création d’un état à l’ouest du Jourdain et la garantie de la dimension juive d’Israël. Olmert a souhaité poursuivre cet objectif puisque les négociations n’ont jamais cessé avec les responsables palestiniens.
Mais l’histoire a rattrapé l’Histoire et l’accident cérébral de Sharon a empêché l’apparition d’un véritable «sharonime ». Avec dix-sept années au pouvoir, de Gaulle, à l’inverse, a eu le temps de forger une véritable théorie gaulliste, mélange improbable de patriotisme, réalisme et goût de la grandeur.
L’histoire politique offre de nombreux topos. Un des plus savoureux est certainement le mythe du «changement dans la continuité ». En se posant comme les héritiers de de Gaulle et Sharon, Pompidou et Olmert ont payé le prix de la fidélité. Autres lieux, autres enjeux, si les gaullistes reprochent à Pompidou une politique de la ville un peu agressive et une anglophilie marquée, on critique le second pour son dilettantisme sur les questions sécuritaires et sa piètre expertise militaire. Parce que Sharon n’a pas pu fermer la parenthèse de la guerre, comme de Gaulle en 1962, les défis d’Olmert ont été plus grands que ceux de Pompidou, qui présidait un pays pacifié. C’est parce que Sharon n’a pas eu le temps d’être le « de Gaulle israélien », qu’ Olmert, en échouant dans la paix comme dans la guerre, a raté l’occasion d’être le Pompidou de son pays.
10 réponses jusqu'à présent ↓
Israel // 3 août 2008 à 6:18
Meilleur article que j’ai lu sur Olmert
max // 4 août 2008 à 11:56
qu’est ce qu’est vraiment l’heritage de sharon? le general qui menait les colonnes de char durant la guerre des six jours ou le premier ministre qui decolonise gaza? le sharonisme comme tu l’appelle n’est pas vraiment une doctrine au meme titre que le gaullisme.
Comparer indirectement de gaulle et sharon c’est comparer david a goliath: les evenement sont différents, les enjeux aussi, et les resultats tout autant. De Gaulle a libéré la France, lui a donné une infrastructure politique stable et un horizon. A mes yeux Sharon n’a
max // 4 août 2008 à 11:57
(suite) pas amené la paix dans son pays, il a entaché l’etat israelien avec ses affaires de corruption. Son seul acte historique restera le retrait de gaza, ce qui n’est pas moindre.
max // 4 août 2008 à 11:57
http://carpediempolitique.hautetfort.com
Tellouz // 6 août 2008 à 1:03
Dire que le Général de Gaulle est restée 17 ans au pouvoir est une inexactitude. 58-69: 11 ans. De même, le contexte et la séquence historique qui font réellement l’action des hommes politiques (Que serait De Gaulle sans WW2?) sont radicalement différentes: d’un côté, un pays qui sort difficilement d’une guerre terrible, longue, intense et meurtrière qui achève péniblement sa reconstruction, de l’autre un état, engagé depuis plus de 60 ans dans une (des?) guerre larvée, parfois explosive, avec ses voisins. De même l comparaison Sharon-De Gaulle est douteuse: De Gaull est le fondateur d’un régime plotique nouveau et péren. Il est le chef incontesté, héros de la résistance, respecté sur la scène internationale. Sharon, malgré son curage et son inteligence politique (du renard comme tu l’écris dans un précédent article) n’a pas à son actif des réussites de la même ampleur.
abenarous // 6 août 2008 à 2:04
Réponse aux commentaires sur l’article : «Olmert, l’homme qui aurait dû être Pompidou »
Je trouve surprenant que les remarques se concentrent sur la politique menée par Sharon en Israël, voir sur l’utilisation du terme « de Gaulle israelien » pour le désigner .
Mon propos n’était nullement de comparer l’action politique de De Gaulle et Sharon. Tout comme « Tellouz », je trouve cette comparaison «douteuse ». Si j’ai utilisé l’expression un peu journalistique « de Gaulle israélien », c’était avant tout pour souligner la domination idéologique des deux hommes sur la vie politique de leur pays.
Ce billet dresse une comparaison entre Pompidou et Olmert. Non pas au sujet de leur politiques (ce qui aurait bien peu de sens au regard de la différence de situation) mais, en ce qui concerne la manière dont les deux hommes ont géré l’héritage écrasant de leur prédécesseur.
Comparer les attitudes, pas les politiques, voilà en un mot, ma démarche. Il ne s’agit en aucun cas d’un quelconque plaidoyer, comme cela a pu être cru.
Une dernière précision. Je confirme que De Gaulle est resté 17 ans au pouvoir. Dès juin 1944, il dirige le Gouvernement provisoire de la République française. Puis, à partir de la création de « son » parti, le RPR, il domine politiquement et idéologiquement la vie politique française jusqu’en 1953. L’échec aux élections locales cette année, le convainc alors de se retirer de la vie politique. Il est donc absurde de comptabiliser seulement les onze année de présidence, car le poste n’existait tout simplement pas sous la IVe République.
Voilà pour les précisions, j’espère que mes propos sont désormais plus clairs. Merci en tout cas pour vos remarques.
Au prochain débat,
A.B.
Tellouz // 6 août 2008 à 3:17
Merci pour tes précisions A.B. Je n’aurais qu’une dernière remarque. On ne peut pas considérer que De Gaulle soit resté 17 ans au pouvoir. En plus des 11 années au cours desquelles il fut président de la Rpublique, l’on peut rajouter les quelques mois où il présidait le gvt provisoire. Peut-on en revanche comptabiliser le temps où son parti, force politique majeure, dirigeait avec le concours d’autres partis aux destinés d’un régime politique instable (Moyenne de la durée d’un pdt du conseil sous la 4eme Rep? 4mois? 5 mois?). Je rappelle finalement que De Gaulle était fermement opposé à la constitution de 46. Finalement, son influence était alors peut-être limitée. A ne pas confondre avec le respect qu’il inspirait au monde entier.
Tellouz // 6 août 2008 à 3:18
Le rose me va bien je trouve!
jojo // 11 août 2008 à 4:23
Quelques précisions.
1) Le fameux parti de De Gaulle créé est le RPF (Rassemblement du peuple français), et non le RPR qui viendra bien plus tard..
2) il me semble bien péremptoire de parler 17 ans de pouvoir pour De Gaulle, et d’affirmer qu’il a dominé politiquement et idéologiquement la vie politique française à la fin des années 40.
C’est faire peu de cas de certains résultats électoraux comme les élections municipales de 47 donnant la majorité à la gauche ; c’est faire peu de cas des projets réalisés par le centre gauche (reconstruction, création du conseil de l’Europe, adoption du plan schumann, création de la CECA, signature du pacte de l’Otan… toutes des initiatives pas très gaulistes..)
Bref, malgré quelques réussites électorales à la fin des années 40, le RPF reste plutôt un échec politique (il finit par être dissout au début des années 50) et ne permet pas à De Gaulle d’avoir une réelle influence avant 58.
3) enfin, que veux tu dire quand tu parles de poste qui n’existait pas sous la IVème république? Si tu parles de poste de président, alors je me dois de te corriger en citant les noms de Vincent Auriol et René Coty. Sinon, peux tu préciser ta pensée?
Farid // 23 août 2008 à 5:54
Comparer de Pompidou et Olmert était déjà pas mal “osé”. Mais mettre côte à côte, de Gaulle et Ariel Sharon, c’est assez gonflé
Très bon article sur le fond et surtout bien argumenté.
Comme les stations d’essence dans les zones rurales du Texas après 22 heures, les commentaires sont fermés.